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mardi 5 juin 2012

Communiqué du MRAP

Travailleurs-euses sans papiers : les organisations écrivent au Premier ministre

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Depuis 2006, et plus particulièrement depuis 2008 et 2009, des milliers de travailleurs-euses sans papiers ont, avec l'aide de leurs organisations syndicales et d'importantes associations, participé et organisé de puissants mouvements de grève coordonnés afin d'obtenir le seul document qui leur manque pour être conformes à ce qu'elles et ils sont - des salariés et salariées comme les autres - à savoir un titre de travail et de séjour.


Monsieur Jean Marc Ayrault
Premier Ministre
Hôtel Matignon
57 rue de Varenne
75010 PARIS
Paris, le 23 mai 2012

Depuis 2006, et plus particulièrement depuis 2008 et 2009, des milliers de travailleurs-euses sans papiers
ont, avec l'aide de leurs organisations syndicales et d'importantes associations, participé et organisé de
puissants mouvements de grève coordonnés afin d'obtenir le seul document qui leur manque pour être
conformes à ce qu'elles et ils sont - des salariés et salariées comme les autres - à savoir un titre de travail et
de séjour.
Nous, organisations syndicales et associations, les connaissons bien, qui les avons soutenus et vus pendant
des mois s'engager avec détermination dans le combat pour la justice et la reconnaissance sociale. Nous qui
les voyons au quotidien prendre leurs responsabilités personnelles et collectives, apportant aux uns et aux
autres leur solidarité, alors qu'eux-mêmes supportent toutes les avanies qui sont le lot de celles et ceux qui
sont contraints de vivre et de travailler dans cette situation de non-dit, de non-droit.
Et pourtant, elles et ils ne prennent le travail de personne, elles et ils prennent le travail dont personne ne
veut aux conditions qui, bien généralement, ont cours dans ces secteurs dits «non-délocalisables ». Ils
assurent le fonctionnement de pans entiers de secteurs économiques de notre pays: dans le bâtiment, les
travaux publics, la manutention, la logistique, le nettoyage, la restauration, les services aux particuliers, et
même dans la sécurité ...

Dans cette lutte, faite de grèves, de manifestations, de temps médiatiques et qui, comme vous le savez, a
perduré tout au long du quinquennat de N.Sarkozy, nous avons obligé les différents gouvernements de droite
à négocier avec les organisations syndicales des critères nationaux de régularisation pour l'ensemble des
travailleurs-euses sans papiers. Malheureusement, dans leur mise en oeuvre, ces avancées durement
conquises se sont heurtées et se heurtent encore trop souvent at/pouvoir discrétionnaire des préfets.
Il s'agit dans le cas présent de régler, non pas une question de «gestion de flux migratoires », mais
simplement la reconnaissance de travailleurs-euses qui vivent et travaillent ici, règlent leurs cotisations
sociales et leurs impôts (quand leurs employeurs ne les en empêchent pas) et qui participent, dans des
conditions difficiles, à la création de richesses pour l'économie de notre pays.
Dernièrement, le combat de ces salariés a été rejoint - dans le refus de la discrimination et de l'exclusion sur
des bases de nationalité - par les étudiants étrangers légitimement en lutte contre « la circulaire du 31 mai »).
Cette circulaire dite « Guéant» a encore renforcé la prégnance du Ministère de l'Intérieur, pour dire qui est
bon étudiant ou pas, qui, jeune diplômé, peut prétendre à une première expérience professionnelle ou pas. Et
d'une manière générale, qui peut travailler ou étudier dans notre pays ou pas. II faut ajouter à cela, les
augmentations des taxes lors des dépôts de dossiers, et les demandes de justification de ressources
insoutenables pour les étudiants.
Avec l'engagement économique, social et collectif de ces salariés et étudiants, l'image, encore véhiculée par
certains dans le débat présidentiel, de l'étranger travailleur ou étudiant «venu profiter de notre généreux
système social », ne correspond absolument plus à la réalité que perçoit l'opinion publique. Pour nos
compatriotes, elles et ils sont devenue e)s des femmes et des hommes qui dans l'adversité travaillent, étudient, vivent et agissent dans la dignité. En somme, l'image d'une France du courage et qui se lève très tôt pour ce faire.
Nous voulons enfin insister sur le fait que ces discriminations, que rien ne justifie, sont économiquement et
socialement graves de conséquences et humainement inacceptables.
Au moment où vous prenez des fonctions que nous savons lourdes, nous pensons qu'il est urgent de
combattre dans les faits la politique discriminatoire, tant décriée, des gouvernements précédents. La
plateforme «Pour la régularisation des travailleurs-euses sans papiers et l'égalité de traitement entre
Français(es) et Etranger(e)s dans les études comme au travail» en est l'un des moyens.

C'est pour vous la présenter, Monsieur le Premier Ministre, que nous avons l'honneur de vous demander
d'en recevoir les signataires.
Dans cette attente, nous vous prions d'accepter, Monsieur le Premier Ministre, nos respectueuses salutations
Pour la CGT, Bernard THIBAULT, secrétaire général.
Pour la FSU, Bernadette GROIS ON, secrétaire générale.
Pour l'UNEF, Emmanuel ZEMMOUR, président.
Pour Autremonde, Mathieu GODART, président.
Pour La Cimade, Patrick PEUGEOT, président. p
Pour le « Collectif du'31 mai », Fatma CHOUAIEB, porte-parole.
Pour Femmes Egalité, Ana AZARIA, présidente .
Pour la JOC, Stéphane HAAR, président.
Pour la LDH, Pierre TARTAKOWSKY, président.
Pour le MRAP, Bernadette HETIER pour la présidence collégiale.
Pour RESF, Florimond GUIMARD, militant RESF poursuivi pour ses activités.
Pour SOS Racisme, Dominique SOPO, président.

jeudi 3 mai 2012

Communiqué du MRAP

Le MRAP appelle à voter contre Nicolas Sarkozy

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La droite au pouvoir a rompu les amarres républicaines et s’en va très loin du port, dans les eaux troubles de l’extrême-droite. Ces derniers jours Nicolas Sarkozy s’est rapproché encore plus de l’extrême-droite, en affirmant le 24 avril, à Longjumeau, que Marine Le Pen est « compatible avec la République ».
La stigmatisation des immigrés était déjà devenue le thème central de la campagne du président-candidat : le débat télévisé d’hier soir 2 mai est venu enfoncer le clou en brandissant l’épouvantail d’un vote forcément « communautaire » - sur fond de ‘hallal’ et de ‘centres de rétention’ - pour refuser le droit de vote aux élections locales aux  ressortissants non européens vivant en France, comme y sont favorables près de 6 français sir 10 (sondage Harris Interactive réalisé pour La lettre de la citoyenneté  en novembre 2011).

Quant à lui, Gérard Longuet, jadis co-fondateur mouvement Occident et auteur de son premier programme économique, maintenant l’un des principaux ministre de Nicolas Sarkozy, a pu déclarer au journal d’extrême-droite Minute que Marine le Pen était un interlocuteur avec qui on peut parler des « sujets difficiles ». Ce retour dans le marigot de ses premières amours politiques n’étonne pas, il déclarait il y a quelques temps que Malek Boutih ne faisait pas partie du « corps traditionnel français ».

Le désaveu de certains dignitaires de l’UMP ne doit pas faire illusion, il s’agit seulement d’un partage des tâches dans la stratégie présidentielle, afin de ratisser de l’extrême-droite jusqu’au centre de l’échiquier politique. Pour le MRAP, Nicolas Sarkozy et ses proches procèdent à un blanchiment des idées brunes Marine Le Pen, qui dansait hier encore avec les néo-nazis autrichien.

A l’issue du scrutin du 6 mai il serait inconcevable que cette droite extrême, dont Nicolas Sarkozy est le candidat, soit encore en charge des destinées de la France. Le MRAP appelle a voter contre Nicolas Sarkozy.

Paris, le 3 mai 2012.

mardi 20 mars 2012

Les migrants, boucs émissaires de la crise







Les étrangers sont aujourd’hui les premières victimes, mais comme souvent, la manière dont on les traite est révélatrice des méthodes qui sont déjà appliquées à d’autres ou le seront demain, qu’il s’agisse d’étrangers ressortissants de l’Union Européenne comme les Roms de Roumanie et de Bulgarie, de l’ensemble des populations précaires ou des simples citoyens.


Le collectif D’ailleurs nous sommes d’ici 67 et les associations signataires appellent à une
Conférence-débat 
avec Violaine CARRERE du G.I.S.T.I.
(Groupe d’Information et de Soutien aux Immigrés)

le mercredi 21 mars 2012 à 20h15 
à la Maison des Syndicats _ 1, rue Sedillot - Strasbourg

Associations signataires :

ATMF67, ATTAC Strasbourg, Cercle Communiste d’Alsace, EELV Strasbourg, JC67,Jeunes Ecologistes Alsace, MRAP Strasbourg, FSU 67, NPA67, PCF67, PCOF 67, UJFP-Alsace.


http://dailleursnoussommesdici.org/ 






Communiqué du MRAP


21 mars : journée mondiale de lutte contre les discriminations - Le MRAP lance un appel : non à une société racisée !

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A l’heure où le racisme vient encore de frapper de façon la plus ignoble qui soit en visant délibérément des enfants lors de l’attaque d’une école juive à Toulouse, le MRAP lance un appel solennel : non à une société racisée! 

45 ans après la décision de l’ONU d’une Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, 40 ans après le vote par le Parlement français de la Loi  instituant le racisme comme délit, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples s’inquiète des discours ouvertement xénophobes de l’actuelle campagne présidentielle.

Les vieux démons réapparaissent et les masques tombent : comme dans les années 30, l’étranger redevient le « bouc émissaire », à qui on attribue la responsabilité de tous les maux de la société.  Pour le parti au pouvoir, c’est une tentative de masquer les échecs économiques et sociaux de 5 ans de gouvernement, pour l’extrême droite de faire oublier l’inadéquation de son « projet ».

Quand des responsables gouvernementaux tiennent des propos stigmatisants, quand certains media se font l’écho complaisant des dérapages verbaux, comment s’étonner de la recrudescence des actes racistes et de la banalisation du racisme au quotidien ? Comment faire reculer les discriminations que de tels discours semblent légitimer ?

L’immigration est vilipendée, les droits des migrants remis en cause – au mépris des engagements internationaux de la France qui a ratifié les conventions qui protègent les migrants et tout particulièrement les demandeurs d’asile.
Les projets de fichage ethnique – par le recensement, les statistiques ethniques - se dissimulent sous une prétendue volonté de mieux connaître les discriminations. Les statistiques ethniques ouvriraient la voie aux quotas.
Le MRAP refuse de tels « outils » qui contribueraient à construire des « races » et à aboutir à une société racisée.

Le MRAP lutte contre cette vision de la société française : les problèmes des banlieues sont les problèmes sociaux et politiques de la France, chômage, mal logement, la ghéttoïsation, l’inégalité d’accès à la formation. Ce sont les inégalités sociales, quelle que soit l’origine des personnes, qu’il faut dénoncer et combattre.

Une autre politique, une réelle volonté politique sont nécessaires pour faire reculer la « bête immonde » du racisme.

Paris, le 21 mars 2012.

lundi 20 février 2012

Communiqué du MRAP

Des ponts pas des murs - Lettre ouverte aux candidat.es à l’élection présidentielle de 2012



Paris, le 09 Février 2012
Madame, Monsieur,

Le réseau international « Des Ponts Pas Des Murs » est constitué d’associations de défense des droits de l’Homme, de solidarité internationale, d’associations de migrants et de soutien aux migrants et d’organisations syndicales. Les associations françaises du réseau sont regroupées au sein d’une plateforme nationale.
Nous considérons que les migrations permettent d’établir des ponts entre les sociétés et ne voulons pas d’une France et d’une Europe qui se transforment en forteresse.
Les dirigeants des pays du Nord affirment rechercher une « solution » à ce qu’ils appellent le « problème » de l’immigration, solution qui passerait par un contrôle plus strict des frontières, par une « gestion concertée » des « flux » migratoires et par toute une série de dispositifs répressifs.
Ils savent que leurs déclarations et leurs politiques instrumentalisent des fantasmes à des fins électorales. Ils savent aussi qu’une politique responsable nécessite des politiques nationales fondées sur la dignité et l’égalité des droits et la recherche de réponses par une transformation de l’organisation mondiale.
Aujourd’hui, à quelques mois de l’élection présidentielle en France, nous tenons à affirmer à l’attention de l’ensemble des candidat.es que nombre des citoyen·nes qu’ils et elles souhaitent représenter refusent la croissance exponentielle des moyens donnés à la guerre aux migrant·es, s’indignent qu’on enferme des personnes au motif qu’elles ont été qualifiées de migrants illégaux, n’admettent pas qu’on mène en leur nom des politiques restreignant les droits sociaux, économiques et politiques des immigré·es présent·es dans les pays du Nord.
Ils et elles n’acceptent pas non plus que dans les pays d’émigration comme dans les pays d’immigration, les Etats les plus puissants organisent le pillage et l’exploitation de migrant·es utiles à leurs économies et tentent de contraindre les pays les plus pauvres à prendre part, par exemple via des accords de réadmission, aux politiques dites d’« immigration choisie » et au chantage à l’aide au développement.
Nous affirmons que dans chaque pays, et pour nous en France, l’Etat doit veiller à promouvoir l’égalité des droits entre migrants et ressortissants nationaux et que dans le travail d’élaboration des codes et lois concernant les migrations comme dans les politiques migratoires menées par les exécutifs nationaux ou internationaux, les libertés fondamentales, dont celle d’aller et venir, doivent être garanties.
Vous trouverez ci-après des principes à affirmer et des points qui doivent faire l’objet de mesures immédiates, actés par l’ensemble des organisations et associations françaises membres du réseau Des Ponts Pas des Murs.
Nous vous demandons de nous préciser votre position et vos engagements sur chacun de ces points.
1 Principes à affirmer et à porter au niveau européen et international
•L’égalité des droits
•La liberté de circulation
•La lutte contre les discriminations, la xénophobie, le racisme
•La dissociation entre accords économiques et de coopération et les migrations
•L’implication de la société civile et des migrant-e-s dans toutes les négociations
2 Mesures immédiates en France portant sur :
•La régularisation des sans-papier-e-s
•La reconnaissance d’une citoyenneté de résidence
•La ratification de la convention internationale sur les droits des migrant-e-s
•La dépénalisation des infractions au séjour et la fermeture des centres de rétention administrative
•La renégociation des accords de coopération sur une base équitable et transparente
•L’abrogation des lois répressives et le retour du droit au séjour pour les étranger-e-s malades
•La révision des politiques de visa en conformité avec le respect des droits fondamentaux
Dans l‘attente, nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.

Signataires :
ACORT MRAP
ADER Réseau foi et justice Afrique Europe
ATMF SIAD
ATTAC Solidaires
CCFD Terre Solidaire Terre des Hommes France
CRID
Emmaüs International
Enda Europe
Eunomad France
France Amérique Latine
FSU
GISTI
IDD
IPAM
La Cimade
La FASTI
Ligue des Droits de l’Homme
Mouvement de la Paix

dimanche 30 octobre 2011

Les éclaireurs / Mon pays n'est pas sûr


un film de Simone Fluhr et Daniel Coche, 94'

Dans une maison jaune au cœur de Strasbourg, des gens venus de tous les coins du monde livrent par bribes leur espoir de trouver un refuge suite aux persécutions qui les ont fait basculer dans l'exil. Progressivement, une autre violence va se superposer à la violence passée : celle qu'on leur fait subir, ici, chez nous...





Ce film interroge l'état d'une société criminalisant ceux qui cherchent la sécurité et notre protection. Il montre aussi le combat mené au quotidien par les citoyens qui sont les témoins, plus ou moins impuissants, de leur désespérance.
© dora films SAS 2011




En parallèle du film et sur le même sujet: Mon pays n'est pas sûr, un livre de Simone Fluhr (éditions Scribest, septembre 2011).

Mon pays n'est pas sûr

un livre de Simone Fluhr



Le livre Mon pays n'est pas sûr est un recueil de témoignages de demandeurs d'asile, pendant les années 2000-2011.
La sortie de ce livre est synchronisée avec celle du DVD du film Les éclaireurs.
Extrait du livre :
« ... Maintenant, il ne reste plus qu'à attendre trois semaines, jour pour jour, vingt et un jours d'angoisse où ni l'un ni l'autre ne mangent plus, ne dorment plus, perdus comme jamais. La décision arrive : ils ont obtenu le statut de réfugié. Ils ont du mal à y croire. Il leur est difficile d'accepter l'idée que la machine à broyer les sans-papiers n'aura pas réussi à les anéantir totalement. On sent qu'il faudra du temps, beaucoup de temps, pour que la maman arrive à se convaincre puis à convaincre son garçon que plus personne, ni là-bas, ni ici, ne leur fera du mal. »

Simone Fluhr, née en 1959 à Mulhouse, travaille depuis plus de dix ans à Casas, une association d'aide aux demandeurs d'asile.
Coauteure avec Daniel Coche de plusieurs films documentaires, dont Jours d'exil (2001), La casa à la rue (2006), Les éclaireurs (2011), auxquels ce livre fait écho.

Si vous souhaitez vous procurer ce livre, passez commande ici.

© Simone Fluhr, SCRIBEST Publications, dora films, 2011

dimanche 4 septembre 2011

Bras de fer entre juges et préfectures sur la garde à vue des sans-papiers

ANALYSEPour la justice, l’Etat, tout à sa volonté d’expulser, est en contradiction avec le droit européen.


Est-ce une conséquence de la volonté affichée par Claude Guéant, le ministre de l’Intérieur, d’expulser un nombre record de 30 000 étrangers en situation irrégulière en 2011 ? Toujours est-il qu’une bataille oppose le ministère de l’Intérieur par le truchement de son bras armé, les préfectures, et les juges des libertés et de la détention (JLD). L’administration tente d’expulser à tout prix les sans-papiers, parfois en infraction avec la loi, et se fait taper sur les doigts par les juges.
La question du placement en garde à vue (GAV) des sans-papiers sous le coup d’une mesure d’expulsion, au seul motif qu’ils se sont maintenus clandestinement sur le territoire français, fait ainsi l’objet d’une série de jugements en première instance et en appel. A l’origine de ces procès en chaîne, une décision de la Cour de justice de l’Union européenne du 28 avril 2011. Pour elle, le seul fait d’être en situation irrégulière ne justifie pas une privation de liberté. Le 3 mai, le ministère de l’Intérieur rétorque que cette décision ne concerne pas la France. Depuis, le bras de fer entre la justice et la place Beauvau est engagé. La Cour de cassation devrait se prononcer en octobre, ce qui clora le débat.
«Décisions claires». Dernière illustration de cette bataille : le 5 août, la préfecture de la Gironde a refusé de laisser sortir d’un centre de rétention un ressortissant indien en situation irrégulière dont un juge avait pourtant ordonné la remise en liberté. Dans chaque camp, on compte les points.«Aujourd’hui, la quasi-unanimité des cours d’appel se sont prononcées dans le sens de l’impossibilité des GAV pour les étrangers en séjour irrégulier»,affirme l’avocat Bruno Vinay, du barreau de la Seine-Saint-Denis.
Dans le camp du ministère de l’Intérieur, on brandit des jugements en sens contraire. «Le débat juridique est vif et n’est pas tranché», commente Bruno Vinay. Mais, poursuit-il, «peu importe qu’il n’y ait pas encore à ce jour de décision de la Cour de cassation. Les décisions des cours d’appel sont très claires et ont l’autorité de la chose jugée».
Autre polémique, la saisine du JLD. Ce magistrat est censé vérifier la régularité de l’interpellation et du placement en rétention. La nouvelle loi sur l’immigration promulguée le 16 juin prévoit : «Quand un délai de cinq jours [contre 24 heures aujourd’hui, ndlr] s’est écoulé depuis la décision de placement en rétention, le juge des libertés et de la détention est saisi.» Cette formulation prête à confusion. Cela signifie-t-il que le JLD ne peut être saisi avant ces cinq jours ? C’est l’interprétation qu’en fait la préfecture de la Gironde.
Illustration : le 9 août, deux Soudanais sont placés en garde à vue. Aussitôt, leur avocat saisit le JLD. Le 10 août, celui-ci convoque toutes les parties pour une audience fixée au 11 août à 14 heures. Mais, au petit matin, les deux hommes sont reconduits à la frontière. La préfecture affirme avoir respecté la loi à la lettre. Pour le défenseur des Soudanais, au contraire, elle «a volontairement contourné le recours au juge».
«chose rare». Les articles R 552-17 et R 552-18 du code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda) autorisent, en effet, le JLD à«mettre fin à tout moment à la mesure de rétention lorsque les circonstances de fait ou de droit le justifient». Et ces articles n’ont pas été abrogés. Dans le cas des Soudanais, «l’avocat a estimé que le fait qu’ils aient été placés en GAV illégalement justifiait une saisine exceptionnelle», souligne Bruno Vinay. Et, «chose rare, poursuit l’avocat, le juge a accepté leur requête et les a immédiatement convoqués, alors que dans la plupart des cas, lorsqu’on saisit le JLD hors audiences normales, on reçoit une décision négative : en effet, l’audience est facultative et le juge peut "trier" les affaires sans convocation».
«Panique». Autre exemple : le 26 août, la cour d’appel de Rennes est saisie du cas d’un Tchétchène placé en rétention avec sa femme et ses enfants âgés de 15 et 5 ans. Le délai de cinq jours ne s’est pas écoulé, mais la justice accepte d’examiner le cas de cette famille en raison d’«une circonstance nouvelle de fait intervenue depuis le placement en rétention» : les «perturbations psychologiques importantes» que manifestent les deux enfants, «en particulier le plus jeune, qui a montré des signes de nervosité, refusé d’utiliser les toilettes, eu une réaction de panique à la vue d’uniformes en interrogeant sur une éventuelle situation de guerre». Ces Tchétchènes ont eu de la chance : ils ont été remis en liberté.
Entre la justice et l’administration, une course de vitesse s’est donc engagée : les préfectures tentent par tous les moyens d’expulser l’étranger avant que le JLD ait été saisi. Mardi, une ressortissante géorgienne est interpellée avec son mari et placée en rétention. L’homme est relâché, et les enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE). La préfecture du Loir-et-Cher fixe l’expulsion de la femme au vendredi 2 septembre, le vol devant décoller à 11 heures. Pas le temps de saisir le JLD. «J’appelle la préfecture, le chef de bureau me répond : "C’est une décision personnelle du préfet, je ne peux rien faire"», confie son défenseur, Me Vinay.
Heureusement, la présidente du tribunal administratif, dont le rôle est d’examiner la mesure d’expulsion, accepte de prendre l’affaire en urgence. «A 10 h 30, elle rend sa décision : la femme est remise en liberté au motif, je pense, qu’on ne sépare pas les familles et que le préfet ne peut l’éloigner seule, poursuit Bruno Vinay. Je faxe cette décision à la police aux frontières alors que l’embarquement est en cours.» La femme est libérée. La France se targue d’être un Etat de droit. En l’occurrence, on peut parler de loterie.

jeudi 25 août 2011

Communiqué de presse du MRAP

15ème anniversaire de l'évacuation « à la hache » de l'église Saint Bernard: Le MRAP appelle à participer à la manifestation du samedi 27 août à Paris

Quinze ans après l'évacuation de l'église Saint Bernard, le 23 août 1996, les Sans-papiers sont toujours et plus que jamais en lutte pour leur régularisation. La traque aux sans papiers, érigée en politique par les gouvernements successifs, a connu une implacable montée en puissance, au fur et à mesure de la succession des ministres de l’Intérieur. Le dernier en date, Claude Guéant (après Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux et Eric Besson) a annoncé – campagne des élections présidentielles et législatives oblige - l’objectif de 30.000 éloignements pour 2012 (contre 28.000 « seulement » en 2011). Ce qui va intensifier la honteuse politique des contrôles incessants au faciès ainsi que l’enfermement des Sans-papiers dans des centres de rétention administrative ( C.R.A), véritables lieux de « détention » et de privation non seulement de liberté mais aussi des droits humains les plus fondamentaux.

La nouvelle loi du 16 juin 2011 sur l’immigration (ancien « projet de loi Besson) désormais entrée en vigueur, allonge substantiellement, de 32 à 45 jours la durée de rétention tandis que toute mesure d’éloignement peut être accompagnée d’une « Interdiction de Retour en France » et dans l’Union Européenne de 2 ou 3 ans selon les cas, parfois même définitive. Le régime des CRA et  les rigueurs renforcées du CESEDA et de la « traque aux sans papiers » ne peuvent qu’aggraver le désespoir des personnes retenues.

Ce climat délétère a notamment donné lieu pendant l’été :


- au geste ultime d’un ressortissant roumain – citoyen Européen - qui a brutalement mis fin à ses jours par pendaison le 13 août 2011 au C.R.A de Nîmes,

- à la brutalité de l'expulsion du territoire le 9 août 2011 d'un ressortissant malien (membre actif du Collectif des travailleurs de Vitry), bâillonné et scotché à son siège sur un vol Paris-Bamako, après plus de 8 années de travail  en France,
- à la mise en rétention, prolongée de 20 jours le 24 août par la cour d’Appel de Paris, à l’encontre d’un père de famille égyptien copte, venu avec sa femme et ses deux jeunes enfants chercher refuge en France en 2007 à la suite de troubles inter-religieux intervenus en Egypte, condamnés par les autorités françaises.

Le MRAP, qui accueille depuis 1996 dans ses permanences des femmes et des hommes sans papiers, tient à porter témoignage pour ces personnes sans droits qui pourtant participent pleinement au développement de notre pays dans tous les secteurs économiques y compris sur les chantiers mêmes de l’Etat: qui ne se souvient du Stade de France ou des Chantiers de Saint-Nazaire ?
Ils sont les travailleurs de l'aube et de la nuit dans le Bâtiment, la restauration, l’aide à la personne, la garde d'enfants, autant de secteurs qui, sans eux, ne pourraient pas répondre aux besoins de notre société.

Le MRAP exprime également son soutien aux Sans-papiers travailleurs qui, par la grève et l’occupation, ont courageusement mené et mènent encore, avec le soutien de syndicats (principalement la CGT), une lutte exigeante pour leur régularisation.

Comme l’ensemble des organisations qui soutiennent les sans papiers à travers la France, le MRAP rappelle son exigence de  régularisation globale de tous les sans papiers et sa volonté d'agir pour une véritable politique d'immigration, respectueuse des droits des Peuples en lutte pour plus d’égalité et de justice dans les relations internationales. La honteuse traque aux migrants et refugiés, notamment tunisiens ou égyptiens, doit cesser !

C’est dans cet esprit que
 
le MRAP appelle à la manifestation
Samedi 27 août 2011 à 13 heures
De la Place de la République en direction de l’Eglise St Bernard



Paris, 25 août 2011

vendredi 17 juin 2011

Le manuel des policiers de la PAF pour expulser les sans-papiers


COMMENT « TRANQUILLISER » UN ÉTRANGER EN SITUATION IRRÉGULIÈRE LORS DE SON EXPULSION ? 

COMMENT SERRER SON COU POUR L’EMPÊCHER DE CRIER ? 

COMMENT DÉTOURNER L’ATTENTION DES AUTRES PASSAGERS POUR ÉVITER QU’ILS NE SE « REBELLENT » ?

TOUTES LES RÉPONSES À CES QUESTIONS, ET D’AUTRES, SONT CONSIGNÉES DANS LE MANUEL DES ESCORTEURS DE LA PAF.


HTTP://WWW.FRENCHLEAKS.FR/IMG/PDF/PAF.PDF 



vendredi 27 mai 2011

Douce France

Olivier LE COUR GRANDMAISON (dir.), Douce France : rafles, rétentions, expulsions , Paris : Seuil / RESF , oct. 2009 : http://www.reseau-terra.eu/article9...

Parution : octt. 2009 - Éditeur : Seuil - Pages : 295 - Format : 22.00 cm x 14.50 cm - ISBN : 978-2-02-099016-5 - Prix : 19 €
Directeur de l'ouvrage

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Olivier Le Cour Grandmaison enseigne les sciences politiques et la philosophie politique à l’Université. Il a notamment publié Les Citoyennetés en Révolution 1789-1794 (PUF, 1992), 17 octobre 1961 : un crime d’État à Paris (collectif, La Dispute, 2001), Haine(s). Philosophie et politique (PUF, 2002), Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’État colonial (Fayard, 2005), et, avec G. Lhuilier et J. Valluy, Le Retour des camps ? Sangatte, Lampedusa, Guantanamo… (Autrement, 2007). Contact :olivier.lecour@wanadoo.fr.
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Résumé

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« Nous connaissons les existences et les espoirs ruinés de ceux qui sont raflés placés en centre de rétention, puis forcés d’embarquer dans des avions ou des navires à destination de leur pays d’origine. Telle est la situation qui nous porte à écrire, telle est la raison d’être de ce livre : témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. »
Élaboré avec le Réseau Éducation Sans Frontières (RESF), Douce France est un livre engagé, rédigé par des spécialistes. De façon méthodique et pluridisciplinaire, il explore la politique migratoire menée par la France. Approches historiques, sociologiques, psychanalytiques et juridiques se complètent ici pour dresser le tableau inquiétant d’une politique indigne.
Publié sous la direction d’Olivier Le Cour Grandmaison maître de conférences en philosophie et sciences politiques à l’Université d’Évry-Val-d’Essonne, il rassemble des contributions de : Marc Bernardot professeur de sociologie,Alain Brossat professeur de philosophie, Armando Cote psychanalyste, Jérôme Valluy maître de conférences, Nicolas Ferran permanent de la Cimade, Serge Slama maître de conférences, Serge Portelli magistrat, Seloua Luste Boulbina chercheuse associée, Claire Rodierchargée d’étude au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI) ainsi qu’une vingtaine de témoignages de sans-papiers.


Introduction à télécharger et à diffuser!

Texte publié ici avec l’aimable autorisation de l’éditeur et de l’auteur. © Editions seuil, 2009 - Olivier Le Cour Grandmaison, Douce France : rafles, rétentions, expulsions ; pp. 17 à 39.


Introduction par Olivier Le Cour Grandmaison:  

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L'ennemi intérieur

La France des années 2000 a vu se mettre en place une politique de contrôle censée protéger la population contre de « nouvelles menaces » – islamisme, terrorisme, immigration clandestine, incivilités, violences urbaines… – portées par un soi-disant « ennemi intérieur ». Une notion qui évoque les guerres coloniales d’Indochine et d’Algérie.
S’appuyant sur une série de documents classés « secrets défense », Mathieu Rigouste met en évidence dans L’ennemi intérieur [1] une continuité au plus haut sommet de l’appareil militaire. Pour l’auteur, la guerre coloniale a constitué « une matrice institutionnelle » de la France contemporaine. Même si personne ne songe à dire que la France de 2009 est l’Algérie de 1958.






A propos de l'Ennemi intérieur

La thèse de Mathieu Rigouste soutenue en 2008  à l’université Paris 8, l’Ennemi intérieur, vient d’être publiée aux Editions La Découverte. Mathieu Rigouste a réalisé un travail de recherche sur lesreprésentations de l’immigration en France à partir d’une problématique audacieuse, originale, différente.
La figure de l’immigré qui se dégage de cette étude est celle d’un « ennemi intérieur », sorte de « cinquième colonne » comme greffée sur le corps de la société française. L’auteur, pour sa démonstration, pour sa thèse (car il s’agit là d’une vraie thèse, d’un engagement sur un point de vue, et pas d’une simple compilation prudente et savante d’archives) valorise la pensée politico-militaire à l’œuvre dans le champ intellectuel et médiatique. Dans la construction d’un système de représentations, à base militaire donc, la séquence guerre d’Algérie joue un rôle essentiel. La guerre d’Algérie, mais on pourrait ajouter aussi, la guerre d’Indochine, dont les références relativement faibles dans ce travail, auraient du être davantage exploitées.
Avec finesse, Mathieu Rigouste cherche dans les discours (« la production de contrôle ») et trouve des liens entre les imaginaires de la menace, et les théories militaires. Il se situe résolument dans le registre de l’histoire des idées, si difficile à manier, pour comprendre, situer les niveaux d’encadrement des populations étrangères sur le territoire français. Accompagnant cette pensée politico-militaire, il tente de dresser une sociologie des réseaux dominant la justification du contrôle des immigrés dans ce qu’il appelle « l’institution médiatico-sécuritaire ». Et il aboutit à la conclusion que « la guerre coloniale a constitué une matrice institutionnelle » de la cinquième République », elle est l’un des principaux « répertoires techniques » du contrôle sécuritaire.

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